comment échouer en beauté

Hier soir je suis intervenue au FailChat, un petit avant-goût de la conférence sur l’échec FailCon qui aura lieu en septembre à Lyon. Il y avait la clim, des gens très sympas, et même à manger à la fin. Merci aux organisateurs et en particulier à Bernabé pour cette opportunité, c’était génial !

 

Pour préparer cette intervention je suis allée chercher des jolies citations pleine de sagesse immémoriale, de nature à remonter le moral des troupes en période de canicule (il faisait 40° à Lyon, au moment où j’ai raconté ces merveilles).

 

J’en ai trouvé une qui est tournée au coin du bon sens :

 

‘La différence entre le succès et l’échec, c’est la persévérance’.Combien d'échecs avant réussite

 

Ca semble logique non? Mais ça donne aussi lieu à des histoires pas super inspirantes au quotidien. Par exemple, je sais pas vous, mais moi, savoir si Obama a raté les élections de délégué de classe en 5ème, mais qu’il a su revenir de cet échec pour finalement arriver à la présidence des US, j’ai envie de dire : mouaif (je ne sais pas si Obama a raté les élections de délégué de 5ème, c’est un exemple).

On parle volontiers de ses échecs ‘réussis’ : on a entrepris et on s’est – inévitablement – trompés, mais heureusement on a rebondi, on a multiplié les essais, on a appris de ses erreurs, et on a trouvé la clé, au moins pour le moment. On a appris à échouer, et c’est effectivement une des leçons principales qu’on apprend en se lançant dans ses propres projets. Mais je vais vous parler d’un échec beaucoup plus insidieux, et beaucoup plus fréquent. Un échec dont on a souvent honte de parler parce qu’il n’y a pas de leçons, pas de ‘ceux qui réussissent sont ceux qui échouent le plus’.

Cette histoire vous dit peut-être quelque chose

Comme c’est plus parlant, je vais commencer par vous raconter une histoire. C’est l’histoire d’une directrice marketing de 30 ans. Elle fait bien son boulot et elle a une carrière plus que correcte, elle a de quoi vivre très bien. Elle voyage, elle a sa maison en banlieue, son mec, ils sont l’image de la réussite classe moyenne plus plus.

 

Il y a juste un petit clou dans la chaussure, c’est qu’elle s’ennuie au boulot. Elle ne le déteste pas, rien d’aussi fort, mais elle n’y trouve pas son compte. Ni intellectuellement, ni en termes de valeurs.

Elle passe jour après jour de plus en plus de temps sur Facebook, elle discute avec ses amis, le week-end elle s’évade en partant en voyage. Le temps passe et petit à petit elle est de plus en plus mal. Elle rêve de tours du monde, de tout plaquer pour monter un bed and breakfast à la campagne, de peindre, d’écrire ce roman qu’elle a dans la tête. Elle se souvient de sa jeunesse, quand elle avait moins à perdre, moins de responsabilités et qu’elle avait l’impression de pouvoir tout quitter du jour au lendemain.

 

Un matin elle se lève, et là elle se dit qu’elle n’en peut vraiment plus. Vous savez ce qui se passe ?

 

Rien.

 

Et ça peut durer des années. Elle va se raisonner. Se dire qu’elle a de la chance, que c’est quand même pas si mal, et que c’est la crise (c’est toujours la crise). Que le boulot ce n’est pas tout dans la vie et pour qui elle se prend à vouloir ce que personne autour d’elle n’a.

 

C’est l’échec qu’on a le moins envie de regarder en face : échouer à essayer.

 

Il n’y a aucune gloire, et aucune histoire à raconter quand on n’a même pas essayer d’y arriver. C’est le plus gros Fail, pour garder le vocabulaire de cette conférence, et c’est celui qui nous prive le plus des talents et du génie de chacun.

 

Personne n’est immunisé, même pas nous autour de cette table, parce qu’on a tous nos bonnes raisons pour échouer à essayer ce qui nous plaît vraiment.

 

On a peur du changement, pour commencer. On a peur du regard des autres : si je me plante, ils vont me trouver nulle. 
On a des peurs profondes aussi : peur de trahir sa tribu, de se retrouver seule au sommet, que les gens ne nous aiment plus. Peur aussi de réaliser qu’on est nulles dans ce qui nous tenait le plus à coeur.

 

Quelque part la plus grosse peur qu’on a, c’est celle de réussir. Une femme qui s’y connaît en matière de réussite et de célébrité le dit très bien :

 

‘ Vous voulez savoir ce qui effraie les gens ? Le succès. Quand vous ne bougez pas, que vous ne grimpez pas les échelons, tout le monde vous aime parce que vous n’êtes pas une concurrence’ Nicki Minaj

 

Echouer à quelque chose qu’on ne voulait pas vraiment, c’est pénible mais ça ne menace pas notre identité.

 

Moi même, j’ai passé des années à essayer de réussir à des choses dont je me foutais. Je voulais être une bonne employée. Je voulais la bonne note. Les félicitations du conseil de classe version vie adulte.

 

Et dans une certaine mesure, ça fonctionne pas mal : la carrière avance gentiment, mon banquier se frotte gentiment les mains en voyant mes salaires évoluer, mes parents se vantent gentiment de mon succès auprès de leurs amis et collègues, mes boss me flattent gentiment sur le boulot abattu en heures sup non rémunérées. Et moi ? Je me fais chier gentiment.

 

Je me souviens d’avoir vu une vidéo de Jim Carrey, vous l’avez peut être vue aussi, qui m’a particulièrement marquée. Il racontait que toutes les décisions que nous prenons peuvent être basées sur de la peur ou de l’amour. Que la plupart d’entre nous passent leur temps à prendre des décisions basées sur la peur parce que nos rêves semblent tellement énormes et déraisonnables qu’on n’essaie même plus de les réaliser.

Surtout, il raconte comment son père voulait être acteur, mais trouvait ça déraisonnable et avait décidé de devenir comptable, pour apporter de la stabilité à sa famille. Puis il s’est fait viré de son job et la famille a dû faire tout ce qu’elle pouvait pour survivre.

Question de timing

Je ne suis pas américaine, je n’ai pas ce don pour les jolies histoires. Pour être complètement honnête avec vous, je ne sais même pas ce qui a fait le déclic en moi, ce qui m’a permis d’ouvrir mes rêves et de me dire qu’ils étaient possibles si je me lançais. Je crois que ça a été un processus de quelques années couplé à des circonstances particulières. Je sais qu’on aime pas ce genre de morale, on aime les déclics, les révélations mystiques de milieu de nuit, les rencontres qui changent la vie. Mais au final, je trouve ça plus rassurant de savoir qu’on n’a pas besoin d’être des super-héros de la reconversion et de l’entrepreneuriat, qu’on peut laisser les choses prendre leur temps et que ça marche quand même.

 

Le plus souvent quand je rencontre des gens qui en ont marre de leur boulot, ils ont deux problèmes : 1. Ils ne savent pas ce qu’ils pourraient faire à la place. 2. Ils savent très bien ce qu’ils voudraient mais ils ont déjà fait une croix dessus à la faveur d’un plan ‘réaliste’

Souvent les premiers sont des deuxièmes qui s’ignorent. Ce à quoi j’ai envie de répondre : avoir un plan c’est génial, mais quitte à se mettre en danger, autant le faire pour le plan A non ? Les plans B, C etc ne vont pas s’envoler pendant ce temps là.

 

Par exemple, quand j’ai quitté mon job de directrice marketing pour lancer les Aventurières, j’ai eu toute une période où je me disais : ‘je vais vendre des prestations de marketing en tant que consultante, c’est faisable tout de suite, et ça me permet de faire la transition tout de suite’. Sur le papier ça colle non?

Et puis j’ai réfléchi et j’ai compris que c’était une excuse pour ne pas faire ce que je voulais vraiment : écrire, créer des contenus pour aider les gens à trouver leur génie et à en vivre.

 

La question qui me fait avancer, aujourd’hui c’est : ‘qu’est-ce que je suis en train d’éviter ?’ ‘Qu’est-ce que je ne suis même pas en train d’essayer parce que ça m’a l’air tellement fou et génial que je pars du principe que ce n’est pas possible ?’

 

Et l’avantage de cette question, même si elle est assez gênante, c’est qu’elle a le don de pointer dans la bonne direction.

 

Par exemple en ce moment, dans mon business et dans ma vie, je m’empêche de trois choses :

 

j’évite d’organiser des conférences à Lyon, mais je vais le faire à la rentrée

j’évite de planifier un projet de livre d’interview que j’ai en tête depuis des années

j’évite de relire un livre que j’ai écrit il y a plus d’un mois et qui doit sortir à la rentrée

 

Ce que j’ai appris en devenant entrepreneure, ce n’est pas tant à échouer, qu’à qualifier mes échecs : je veux éviter d’échouer à des trucs dont je me fous, je veux échouer parce que j’ai essayé, parce que c’est seulement là qu’on apprend les trucs utiles, dont les autres speakers vont vous parler.

Si vous ne retenez qu’une seule chose de ce que je vous raconte, c’est de ne pas échouer par défaut. A ne pas détourner le regard parce que le rêve a l’air trop grand. A ne pas s’arrêter pour des raisons comme ‘ce n’est pas raisonnable’, ‘je n’y arriverai jamais’, ‘pour qui je me prends’. C’est là que se cache votre génie et c’est là que j’ai envie de voir ce que vous allez faire.

 

Ca ne veut pas dire jeter toute précaution par la fenêtre et aller claquer votre démission sur le bureau du chef en lui hurlant tout ce que vous pensez de ses méthodes de management.

 

Ca veut dire de prendre vos rêves un peu plus au sérieux, et votre raison un peu plus en veilleuse.

 

Parce que si vous faites ça, vous ne pourrez plus échouer. Ou alors vous échouerez tellement en beauté, que vous serez fières quand même.

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