Programmées pour échouer ?

Ce texte est l’original de mon discours à la Fail Conférence de Lyon en 2016, une conférence pour célébrer l’échec. Comme d’habitude, j’ai un peu pris une tangente… 

Heureusement que je passe en dernier parce qu’il faut que je vous avoue, en toute modestie : j’ai trouvé la solution pour ne plus jamais échouer.

Si j’étais passée en premier, du coup, on aurait même pas eu besoin de faire la conférence.

Plutôt que de vous donner la solution toute cuite, je vais vous emmener sur le chemin que j’ai suivi : d’abord, on va voir comment on a été programmés pour échouer, et comment ça se manifeste dans nos vies. Enfin, on va regarder comment éviter ça.

Après ce teaser de folie (ouh lala le storytelling de ouf), je voudrais faire une expérience avec vous : normalement quand j’anime une formation, je demande à chaque personne de poser une question. Je préviens tout de suite : pas de dérogation, même si vous n’avez pas d’idée, pas de question, je veux au moins savoir ce que ça vous a inspiré, ce que vous en avez pensé. Le plus souvent, les gens qui pensaient n’avoir rien à dire, les timides, ceux qui se cachent derrière leurs cahiers, sont ceux qui posent les questions les plus passionnantes. (et ça vaut pour toi aussi qui lit ces mots)

Là, pour des raisons évidentes, ça va pas être possible.

Mais je veux quand même que chacun d’entre vous participe. D’abord pour avoir vos retours, parce que c’est important pour moi, et aussi pour vous, parce qu’on écoute pas de la même façon quand on sait qu’on va poser une question et donner un retour. Vous êtes plus actifs.

Votre mission : ouvrez votre téléphone, et préparez un tweet @lesAventurieres. Si vous n’êtes pas trop twitter, faites moi un mail laure@lesaventurieres.com. Et dès qu’une question vous vient, que vous êtes indignés, ou passionnés, allez-y, envoyez. Je m’engage à répondre à tout le monde, je vous demande juste de jouer le jeu.

Sans plus attendre, j’ai une mauvaise nouvelle : vous êtes programmés pour échouer. Depuis l’enfance, et plus particulièrement l’école où on vous a fait intégrer quelque chose de terrible : ce que j’appelle les 4 principes de l’échec programmé.

L’école, comme le dit le neuroscientifique Idriss Aberkane, ça devrait être un buffet à volonté. Un kif sans fin. Une période de la vie où on a rien d’autre à faire qu’à apprendre, et jouer, et manger et dormir.

Sur le papier, ça claque. Dans la pratique ça se gâte.

Alors qu’on sait aujourd’hui sans équivoque que l’humain est fait pour apprendre dans le plaisir et la liberté, on a créé un système aux antipodes.

Si je demande à ceux qui associent les mots « plaisir » « liberté » et école de lever la main, je pense que je vais faire un bon four.

A l’école, on pose les bases de tous nos échecs futur. On intègre bien profondément non pas des connaissances précises, mais des modes de fonctionnements, dont les 4 suivants, que j’appelle les fondements de l’échec programmé :

La récompense extérieure comme moteur (alias : le susucre) : on n’apprend pas à lire parce que c’est génial d’accéder à toutes les histoires, les sous-titres de séries, s’envoyer des sms et communiquer. On apprend à lire pour avoir une bonne note, ou au moins pour éviter la mauvaise note et les punitions.

– De cette délicieuse idée de note et de récompense, on tire tout de suite le second grand principe de l’échec : la compétition. On met 20 gamins dans une classe, et au lieu de leur montrer qu’ensemble ils sont capables de s’entraider et de faire progresser tout le monde plus vite, on appelle ça « la triche », et on jette le discrédit sur une collaboration naturelle. Pire, quand tu rentres à la maison et que t’as droit à cette conversation :

« T’as eu combien ? » « 13 » « C’est quoi la meilleure note? » « Euh chai pas moi (tu mens), 15 ? (2ème mensonge) » « Pourquoi t’as pas eu la meilleure note, c’est qui c’est David qui l’a eue ? Pourquoi tu peux pas être plus comme David ? »

On te dit pas « qu’est-ce que tu as préféré? Qu’est-ce que tu as appris? »

Que tu sois la meilleure de la classe que les autres détestent ou n’importe quel autre élève constamment comparé au meilleur, tu comprends vite : les autres, c’est l’ennemi à abattre.

– 3ème base de l’échec : le respect de l’autorité supérieur à l’autonomie. Alias : « Quelqu’un d’autre sait mieux que moi ce qui est bon pour moi ». A l’école, on t’apprend que ton avis n’a pas d’importance, et que des gens ont décidé à ta place que c’était optimal de faire une heure de maths après 2 heures de français. On dévalorise l’autonomie, les sorties de pistes. Il faut suivre LE PRO-GRAMME.

Ça te prive de deux choses fondamentales : 1. Ta créativité. 2. Tes émotions.

Ça veut dire, qu’alors que ma copine Morgane me parle, des étoiles dans les yeux, d’un psychologue qui a démontré l’existence de 8 formes d’intelligence et de comment en appliquant ça, on peut devenir hyper créatif et permettre à tout le monde de s’éclater et d’apprendre à sa façon, on se noie dans une méthode qui convient au plus petit nombre.

– 4ème base, peut-être la plus grave : on t’apprend que les choses importantes dans la vie sont des choses sérieuses. On ne rigole pas, on n’est pas là pour s’éclater. Ça va même plus loin : on t’apprend que les émotions n’ont pas leur place là dedans. Quand on est sérieux, on ne chouine pas, on n’a pas de breakdown : on refoule et on se tient bien à table. 

Et la plupart des profs se font chier, et nous on se fait chier et on en garde cette bonne conclusion dans la vie : « Pour être adulte, il faut devenir expert dans l’art de se faire chier avec un air sérieux et sûr de soi ».

Attention, à ce stade il est important que je précise un truc : j’adore l’idée de l’école. Je n’ai rien contre les profs et le personnel éducatif, qui font bien ce qui peuvent et qui sont aussi les victimes de ce système d’échec organisé. Je fais un constat sur ce qui est monté à l’envers dans notre éducation et dans notre société, pas un réquisitoire contre l’école.

Passons aux choses sérieuses : comment ces adultes programmés pour l’échec vont-ils amener ces connaissances dans le monde du travail?

Je vous rappelle les 4 bases de l’échec programmé : 1. La récompense extérieure au lieu de la motivation intérieure 2. La compétition au lieu de la collaboration 3. L’autorité vs l’autonomie 4. Se faire chier c’est la maturité

Je vais pas vous surprendre si je vous dis que la plupart de nos entreprises suivent exactement ce modèle, celui qui conduit beaucoup de monde au burn-out ou au bore-out. Pour y aller vite : on vous file des primes au lieu de vous filer du taf intéressant, vous faites la compét avec vos collègues (et toi combien tu gagnes « ah non je peux pas te dire c’est secret ») au lieu de travailler ensemble à créer un environnement de travail génial, ce qui tombe bien puisqu’il y a littéralement une hiérarchie entre vous qui permet à chacun de rester bien à sa place, et, en vertu du 4ème principe, de se faire bien chier comme un adulte qui se respecte.

Mais là yen a qui poussent un petit soupir de soulagement, un petit sourire entendu « Nan mais moi ça va, je suis entrepreneur, j’ai déjoué les principes de l’échec, je suis un winner ».

AHAH!

Les principes de l’échec sont au coeur des raisons d’échec des entrepreneurs. Tout le monde n’a pas les 4 traits, mais on a tous des variations de ces principes qui nous empêchent de réussir. Je n’ai pas le temps ce soir de vous détailler les 4, mais je vais vous les brosser pour vous montrer comment déraciner l’échec de vos vies.

Reprenons nos 4 principes :

1. La récompense extérieure au lieu de la motivation intérieure

= « Je veux gagner plein de sous c’est comme ça que je saurais que j’ai réussi »

2. La compétition au lieu de la collaboration

= Tout le monde veut me voler mon idée, j’en parle à personne embargo total, et si j’ai des concurrents, mon but est de leur dégommer la face

3. L’autorité vs l’autonomie

= Je vais aller lire tous les blogs des gourous du marketing parce qu’ils savent mieux que moi ce qui marche pour moi

4. Se faire chier c’est un comportement mature d’adulte responsable

= Tout est dans cette phrase « c’est super dur, j’ai pas vu ma famille depuis trois semaines, et j’ai pas dormi plus de 4 heures depuis un mois mais ça vaut le coup, dans 2 ans je devrais pouvoir prendre des vacances ». Si vous n’êtes pas assez près de la scène pour le voir, je viens de rouler mes yeux tellement fort que je me suis fait une nouvelle ride.

Pourquoi changer votre état d’esprit sur ces 4 piliers va vous empêcher d’échouer ? Parce qu’il n’y a tout simplement plus d’échec dans cette situation. La motivation intérieure ne s’éteint pas. Elle se nourrit, s’inspire en permanence. C’est elle qui vous fait vous lever complètement excitée un jeudi matin parce que vous allez enfin pouvoir partager ce message sur l’échec avec le public pour qui il a été écrit.

La collaboration permet de créer, de rencontrer, d’enrichir ces idées. Là où la compétition est source de jalousie, de mauvaise estime de soi, en plus d’être inefficace économiquement.

Pourquoi réussir seule quand on peut réussir à plein ? Qu’est-ce qui change le plus le monde ?

L’autonomie permet la découverte, elle vous replonge dans cet état d’enfant qui regarde une fourmilière pendant 2 heures sans se rendre compte qu’il s’est mis à pleuvoir. C’est du bonheur,

Il y a quelques semaines j’ai rencontré une femme, d’une cinquantaine d’années, qui est devenue une cliente. J’avais un rendez-vous avec elle pour préparer notre travail ensemble. Elle m’a dit « Je pourrais me faire écraser en sortant d’ici, et je serai contente. Je sais exactement pourquoi je suis là et tout ce que je vis est un bonus ».

Bonsoir Gandhi. Ça m’a mis une bonne claque. Surtout que j’avais lu un article, un peu plus tôt, qui disait la même chose, écrit par une autre femme, de 35 ans.

J’en profite parce qu’on me dit toujours « Non mais Laure t’as oublié de dire ce que tu fais. » Honnêtement je suis tellement passionnée par ce que j’ai envie de passer comme message que j’oublie souvent de dire ce que je fais.

Mais aujourd’hui c’est trop important. Ce que je fais, c’est une anti-école de l’entrepreneuriat. Je travaille avec des femmes et quelques hommes passionnées, qui veulent libérer leur génie. En groupe, en atelier, en individuel. Le but numéro 1 c’est qu’on s’éclate, et le résultat, c’est que personne n’échoue. Et c’est ce que je vous souhaite à chacun et chacune ici :

Passer de la sécurité à la créativité. De la compétition à la création. Du sérieux au plaisir. De la survie à la vie.

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