Hier j’ai eu le plaisir d’intervenir à la conférence de rentrée de Lyon Startup, un dispositif qui accompagne 100 startups dans leur phase de création / développement. Plus d’infos sur leur site. Devant 250 entrepreneurs, investisseurs et partenaires, j’ai décidé de parler des deux meilleurs amis de l’entrepreneur : sa Mission et ses Peurs. Voici ce que je leur ai raconté.

lyonstartup

Je viens pour vous parler des deux choses qui vont devenir vos meilleurs amis des prochaines années : votre mission et vos peurs.

La mission, c’est facile, c’est la raison pour laquelle vous faites ça à part l’argent. Il y en a parmi vous qui veulent créer des logements intergénérationnels, des bibliothèques d’objets et de services entre particuliers. Et d’autres des snacks à base de grillons. Je suis perplexe mais curieuse. Perplexe, mais curieuse.

Et c’est important de savoir pourquoi vous vous lancez là dedans, ça vous aidera aussi à vous accrocher pendant les périodes creuses, et surtout à communiquer plus facilement sur votre projet. De votre mission découle le nerf de la guerre : vos clients. Mais on y reviendra.

Vos peurs en revanche, on n’en parle pas trop. Vous êtes censés être de l’autre côté de la peur, puisque vous êtes là, vous vous êtes lancés, vous avez pris en main votre destin et vos grillons et vous vous êtes dit : « j’y vais ». Et c’est vrai, vous pouvez être fiers de vous, vous êtes là et vous avez fait ce que la plupart des gens ne font pas.

Donc je veux vous parler de peurs et je veux vous parler de mission. Parce que vos peurs sont aussi importantes que votre mission pour votre succès.

La peur est ma meilleure source d’inspiration

En fait, votre relation avec la peur ne fait que commencer. Parce que la peur, cette créature géniale de l’évolution envoyée aux humains pour éviter de se prendre des stégosaures en pleine face (oui je sais que techniquement les humains n’ont pas connu les stégosaures mais vous saisissez l’esprit), va aussi vous empêcher de prendre des bonnes décisions si vous ne l’apprivoisez pas. Qu’on l’appelle ‘trouille, procrastination, questions existentielles, doutes, perfectionnisme’, la peur est là au quotidien, et c’est bien comme ça. C’est seulement quand on la nie qu’elle devient dangereuse.

C’est marrant que je sois ici sur cette scène à vous parler de la peur, parce que je suis une des personnes les plus trouillardes que je connaisse. J’ai peur des espaces fermés, j’ai peur de me retrouver dans un endroit inconnu (Villeurbanne, pourquoi si loin?), j’ai peur d’écrire des articles, d’avoir des clients, que mes clients n’aiment pas ce que je leur propose. D’être dépassée par le succès. De ne pas avoir de succès. J’ai peur de tellement de choses contradictoires, on est à la limite de la poésie.

Si vous croyez que ça m’empêche d’avancer, détrompez-vous, une de mes grandes sources d’inspiration au quotidien, c’est la peur.
Il n’y a rien de plus handicapant qu’une peur cachée.

Il n’y a rien de plus puissant pour vous faire bouger qu’une peur qu’on regarde en face.

Pôle Emploi, RSA, Quechua

La peur principale contre laquelle on voudrait se prémunir, c’est la peur de rater. De passer de la case Pôle Emploi à la case RSA et de la case RSA à la case tente Quechua. Du coup on cherche des recettes miracles partout.

Et malheureusement quel que soit le conseil que vous cherchez, vous trouverez une série de réponses contradictoires et bien argumentées. ‘Faites la liste des trois objectifs de votre start up, définissez le succès à votre façon, trouvez des façons d’accomplir votre mission par tous les moyens’. Commencez gros, commencez petit, trouvez une niche, non visez large, faites un produit rapidement et lancez-le, non attendez, ne lancez pas, il faut que ce soit designé par les minions de Philip Starck pour que ça ait une chance d’exister.

Après coup, ça a toujours l’air logique

La vérité c’est qu’après coup, le succès est toujours simple à expliquer. C’est toujours facile de comprendre. Après. La même histoire peut avoir des fins complétement opposées et il n’y a aucun moyen de le savoir. Un peu comme on peut aussi bien dire :

‘Si je ne m’étais pas mis une tolle à cette soirée, je n’aurais jamais rencontré ce superbe urgentiste qui est probablement l’homme de ma vie.’

que

‘Si je ne m’étais pas mis une tolle à cette soirée, je n’aurais pas raté le job de ma vie parce que j’étais en observation à l’hôpital suite à mon coma éthylique’

Notez que ceci ne doit en aucun cas être vu comme un encouragement à vous mettre de monumentales tolles.

Ou en langage startup:

‘Si je n’avais pas engagé ce designer connu pour mon site, ça n’aurait jamais décollé’

‘Si je n’avais pas engagé ce designer connu pour mon site, j’aurais pu utiliser cet argent pour améliorer mon service et je n’aurais pas planté ma boîte.’

Du coup dans cette orgie de conseils contradictoires, je me fie aux deux guides que j’ai trouvé  infaillibles : la trouille et la mission de ma boîte. Plus précisément, les gens pour qui je veux bosser : les clients.

Est-ce que vous connaissez vos clients ?

Comment on les utilise, c’est assez simple : d’abord les clients : il faut savoir qui ils sont. Ca paraît basique mais je ne vous parle pas d’une vieille CSP complètement dépassée. Je veux dire les connaître vraiment : qu’est-ce qu’ils aiment, qui ils sont, qu’est-ce qu’ils font le samedi soir ? Le dimanche après-midi ? Qu’est-ce qu’il pense du sens de la vie ? Où est-ce qu’ils sont ? Qu’est-ce qu’ils achètent à l’heure actuelle qui les rend fiers ? Qu’est-ce qu’ils font aujourd’hui dans leur vie qui est en contradiction avec leurs valeurs ?

Et puis dans un second temps la trouille. Parce que les clients sur un bout de papier ou une jolie présentation InDesign c’est bien, c’est propre, ça ne fait pas de vagues. Mais les vrais clients, ça fait peur. Et si ils vous disaient que votre produit est nul ? Et s’ils n’accrochaient pas du tout à votre message et qu’ils vous donnent une réponse tiédasse ‘moui, c’est pas mal’ ce qui en langage client veut dire ‘Je n’achèterai jamais ton truc mais j’ai pas envie de te faire de la peine parce que t’as l’air d’y croire avec beaucoup de coeur’.

Le perfectionnisme et le girouettisme

A un moment, dans l’histoire de votre boîte, vous allez être tentés par deux extrêmes : le perfectionnisme extrême (‘je ne sortirai pas mon produit tant qu’il n’est pas parfaitement éblouissant et prêt à faire la une de Wired’) et le girouettisme extrême (‘je vais demander encore l’avis de quelqu’un d’autre et m’en inspirer pour changer ma homepage et mon business model une 23ème fois. En plus 23, c’est mon chiffre porte bonheur’).

C’est là que vous allez pouvoir mettre vos trouilles et vos clients en action. Au moment où vous commencez à avoir la trouille d’aller voir vos clients, c’est le moment où il faut aller les voir et leur demander ce qu’ils en pensent. Vous pouvez faire ça sous plein de forme, vous serez bien entourés dans les mois qui viennent pour gérer tout ça.
A l’inverse, au moment où vous n’arrivez plus à faire de choix parce que vous avez suivi l’influence de milliers d’avis contradictoires, c’est le moment de vous faire confiance, de remettre le curseur sur ce que vous vouliez vraiment pour votre boîte, et de s’arrêter sur une version pour se jeter à l’eau.

Plus largement, depuis que j’ai créé les Aventurières, la question qui me fait avancer, et que j’ai envie de partager avec vous c’est : ‘qu’est-ce que je suis en train d’éviter ?’ ‘Où est-ce que je tourne autour du pot parce que j’ai peur de me planter dans les grandes largeurs ?’

Par exemple en ce moment, dans mon business, j’ai la trouille de trois choses, c’est donc ma to do list du mois :

  • De préparer le programme de lancement de mon prochain bouquin
  • D’abandonner un projet que je ne sens pas
  • J’ai peur de perdre toute ma vie sociale. Non pas à cause de ma boîte, mais parce que je viens de découvrir la start up de Nadine pour imprimer des chocolats en 3D : qui a besoin d’amis quand on peut s’imprimer des chocolats A LA MAISON.

Est-ce que c’est la recette infaillible du succès ? Est-ce que c’est l’assurance à 100% que tout va rouler, parce que vous aurez regardé vos peurs dans les yeux et que vous aurez réussi à aller voir vos clients pour être sûre que vous n’êtes pas complètement à côté de vos pompes entrepreneuriales ?

Grands Dieux non. Mais ça vous garantit une chose : que vous réussissiez ou que vous ratiez, vous saurez pourquoi. Vous serez capable de raconter l’histoire sans vous mentir, sans laisser de cadavre sous le tapis, et de recommencer.

Parce que vous n’aurez plus peur de vos trouilles. Et il n’y a rien de plus libérateur.

 

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