Solenne est la cofondatrice d’Okko hotels, une chaîne d’hôtels 4* de centre-ville. Je l’ai rencontrée à l’occasion de la Good Mood Class de Lyon, et ça a été le coup de foudre immédiat : une Aventurière dans l’âme, Solenne s’est lancée après ses études dans le projet fou de réinventer les hôtels 4*. 

Solenne Devys

 

Marketing mon amour ?

Solenne commence sa carrière par une année de césure chez LVMH, où elle découvre un domaine qui la passionne : le marketing. « Ce que j’aime, c’est le mélange : c’est un métier créatif en apparence, et ça l’est en partie, mais une directrice marketing qui déchire, c’est une directrice marketing qui maîtrise tous les chiffres ».

L’expérience dans le groupe de luxe est formatrice, et aussi décisive : « C’était passionnant, mais c’était aussi beaucoup de pression, beaucoup d’heures, pour être payées au lance-pierre. Je me souviens encore d’une réunion dans un des groupes où ça a commencé comme ça : « Cette année, on a déjà 3 filles enceintes, donc mesdames, c’est tout. » Ça ne gênait personne de tenir ce genre de propos, il était assez clair que celles qui partaient pour faire des enfants ne retrouveraient pas forcément leurs postes. Voir un groupe qui n’embauche quasi que des femmes et qui en fait si peu pour elles, c’était terrible. »

En dernière année, Solenne choisit donc le master entrepreneuriat plutôt que marketing. C’est décidé, elle créera sa propre structure.

 

Le coup de fil qui change tout

Diplôme en poche, elle reçoit des offres de grands groupes, qu’elle refuse. Elle a des idées pour monter son projet dans la gastronomie, mais rien de précis. Un jour son père l’appelle : il bosse sur un projet top secret (« Ça faisait un an qu’il tapait à la machine au fond du couloir, on ne savait pas ce qu’il faisait ») : il veut créer une nouvelle marque d’hôtels, et il lui propose de prendre en main l’intégralité du marketing, de la création de marque jusqu’à la réalisation.

C’est un milieu qui passionne Solenne, mais dans lequel elle pensait que le marketing n’aurait jamais assez de place pour l’intéresser. Voilà une proposition qui ne se refuse pas.

Père et fille commence à deux, dans des locaux prêtés par des potes. Elle a 24 ans, et elle est sur le point de mettre un grand coup de neuf dans l’industrie hôtelière.

 

Sortir de sa zone de confort… et en souffrir

Le bon côté de l’aventure, c’est que Solenne a effectivement carte blanche sur tout le concept de l’hôtel. Depuis le choix du mobilier, des ambiances, des draps jusqu’à la culture d’entreprise, elle invente l’hôtel de ses rêves.

Le moins bon côté, c’est que quand on est deux à superviser l’ouverture d’un premier hôtel (à Nantes), il faut aussi faire des choses qui sortent de notre zone de confort… voire qui nous paraissent un chouya insurmontables.

« Sur le concept et la marque, j’étais sereine. L’industrie hôtelière a beaucoup de retard, c’était facile de faire mieux. Le fait que je ne vienne pas de ce monde était un plus, je pouvais apporter de nouvelles idées. J’ai fait confiance à mon intuition. En revanche, j’ai dû prendre la responsabilité de la construction de l’hôtel. Le milieu des promoteurs et de la construction est un milieu très masculin, où seule l’expérience garantit le respect. Tout le monde y est intraitable, et essaie de profiter de la faiblesse de la personne d’en face. J’en ai bavé. Je n’avais pas les compétences ni l’expérience. Quand à 24 ans tu te retrouves en réunion de chantier où on te demande si tu penses que la charge de béton te semble cohérente par rapport au poids de la salle de bain, t’as envie de chialer. Non seulement je ne savais pas, mais je n’avais pas l’ombre d’une idée d’où trouver la réponse. Pas de pote à appeler, personne qui comprenne ce que je traversais. Je n’en dormais plus la nuit. »

Après cette expérience, Solenne obtient l’embauche d’une directrice technique, qui arrive à peine avant la fin des travaux à Nantes :

« C’est marrant parce qu’après mon expérience, je me disais que c’était un milieu macho et qu’il fallait plutôt recruter un homme. Puis on a recruté une femme et j’ai compris : dans ce métier c’est l’expérience et la poigne qui comptent. Depuis qu’elle est arrivé – ainsi que la chef de projet qui est aussi une femme – tous nos chantiers sont livrés à l’heure. »

Cette période reste marquante : Solenne a fait des erreurs, mais elle a su s’entourer dès que possible et tenir le navire le temps nécessaire.

 

Casser les codes d’une industrie… quand on n’est pas du milieu

En parallèle, il faut tout gérer. Solenne passe les commandes pour l’hôtel seule. Puis elle ouvre les cartons, monte les lits. « Mais ça, ça va, c’est juste une question de combien d’heures tu dors par nuit ». Ces commandes sont l’occasion pour elle de se frotter aux codes d’une industrie qui n’accueille pas toujours le changement les bras ouverts :

« C’est une erreur de croire qu’il faut faire comme tout le monde systématiquement. Par exemple pour les draps de nos chambres, j’étais intraitable : je voulais des draps en coton lin froissé. Les gros fournisseurs que j’ai contacté ont refusé : « ça ne se fait pas ». Ils me disaient qu’ils travaillaient avec les gros groupes, et que chez Accor ils prennent ça, vous n’avez qu’à prendre pareil. Si je les contredisais, ils me répondaient « T’es jeune, tu ne connais pas l’hôtellerie ». Je n’ai pas cédé. J’en ai même foutu certains à la porte. « C’est bien, continuez à faire comme tout le monde ». Résultat : on travaille surtout avec des challengers, les entreprises familiales, ceux qui étaient prêts à prendre le risque avec nous, avant même l’ouverture du premier hôtel. Pas avec les plus gros. On a vendu une aventure à nos fournisseurs. »

Solenne voit même ça comme une opportunité :

« Je me méfie des gros, ils n’ont pas besoin de nous pour bosser. Je veux des relations personnelles, des gens qui prennent le temps de venir déjeuner avec toi, d’aller voir l’hôtel, d’écouter son histoire, de comprendre notre culture. Pas des négos sur des tableaux excel où tu ne rencontres jamais un humain »

L’un des leitmotiv d’Okko hotels, c’est :  « Ce n’est pas parce que ça a toujours été fait comme ça que c’est comme ça qu’il faut faire. ». Cette philosophie vient beaucoup du co-fondateur, le père de Solenne, qui était ingénieur, puis a travaillé chez Accor pendant 15 ans avant de créer Okko. Anticonformiste, il a toujours voulu questionner les habitudes et les choses figées.

« L’hôtellerie française allait dans le mur : elle n’a pas vu arriver internet, ni booking, ni airbnb. Pour compenser les baisses de marge, elle a augmenté ses prix, mais les clients n’étaient plus satisfaits du rapport qualité prix.

Je suis étonnée du peu d’innovation qu’il y a. Je crois que quel que soit le business, tu peux toujours y apporter quelque chose de nouveau. »

 

De l’esprit start-up à la gestion du quotidien

« Au début de ton entreprise, tu n’arrêtes pas de penser à ton service, à ton produit, de te demander si ça va plaire. Mais une fois que c’est fait – dans notre cas on a su très vite que l’hôtel plaisait – on passe tout de suite à des problématiques opérationnelles : comment communiquer depuis Paris à des hôtels dans toute la France, comment gérer les recrutements, comment diffuser l’esprit d’entreprise. Ton job, ça devient manager. Le problème n’est plus de convaincre tes clients, c’est de convaincre tes équipes. Surtout quand tu es toute jeune, pas du métier, et qu’en plus tu es la fille du patron. »

 

L’élément qui fait la réussite d’Okko

Aujourd’hui Okko grandit à un rythme de 2 à 4 ouvertures par an, mais Solenne garde cet esprit de challenger au coeur de la culture d’Okko :

« N’importe qui concurrent vient chez nous, il sait tout, les fournisseurs, les process. En quelques temps, il est capable de refaire un Okko. Il y a une chose qu’il ne peut pas copier : le capital humain. Si on fidélise les meilleurs et qu’ils ont des perspectives intéressantes chez nous, ils n’iront pas ailleurs. Cette culture d’entreprise va des clients aux collègues à l’écosystème jusqu’à la presse et aux influenceurs. »

Un choix qui se reflète dans les recrutements :

« Au début, tu recrutes des gens comme toi : surmotivés, à fond. Pour être à trois dans un bureau pourri et se dire qu’on va ouvrir 50 hôtels, c’est qu’ils sont aussi tarés que toi.

Mais ensuite tu recrutes des gens qui ne voient pas les choses comme une start-up. Les prestas non plus, la presse non plus. C’est la première claque : ce ne sera pas le « bébé » de tout le monde. Pour toi c’est toujours une micro boîte, mais pour les gens non. Les équipes qui rejoignent ils ont l’impression d’être dans un groupe qui roule. Ce sont des salariés motivés par le projet, mais on n’est plus dans cette énergie où tu comptes pas tes heures, où t’es tout le temps dessus. Et c’est bien comme ça.

On préfère emmener les gens, les tirer vers le haut, plutôt que d’avoir des gens surcompétents mais qui n’adhèrent pas à l’esprit de l’entreprise.

Il y a 2 ans, on a recruté un directeur commercial et une directrice technique qui ont des enfants. C’étaient nos premiers salariés avec enfants. On a du adapter les horaires : pas de réunions avant 9h30 ni après 18h. Et s’il y a des évènements en soirée, ils sont prévus 1 mois et demi en avance.

 Fini aussi les déplacements à l’arrache « dans 2 h tu sautes dans le train et tu vas démêler ça ». Et ça roule. Notre directrice des opérations a 3 enfants, elle part à 18h tous les jours, et ça n’a jamais été un problème. »

 

Laure : J’ai eu la chance de passer un week-end d’inauguration à l’hôtel Okko de porte de Versailles, et je confirme que le personnel est parfaitement magnifique, aux petits soins et familial. Un bonheur.

 

Pas de concurrence quand on est un leader

« Aujourd’hui on est dans du marketing de destination : les gens ont beaucoup de choix : Paris est en concurrence avec Madrid, Bordeaux avec Lyon, etc. Plus l’offre est riche et de qualité, plus la destination est attractive pour les clients. Airbnb ce ne sont pas mes ennemis, je mange avec eux de temps en temps. Il y aura toujours des gens qui auront des façons de voyager différentes. Notre but c’est de travailler l’attractivité des endroits où l’on est implantés. Dès qu’on arrive quelque part, les offices de tourisme sont ravis, ils savent où envoyer les journalistes, il y a de la nouveauté.

J’interviens aussi dans des confs dès que je peux, je présente l’évolution du digital à des hôteliers indépendants. Si on peut transmettre et aider ceux qui ont moins de moyens, on le fait. On a suffisamment d’idées pour proposer des choses différentes, c’est plus intéressant de bosser en réseau et d’échanger.

Quand on a peur de la concurrence, c’est qu’on est en train de se faire dépasser.

On se demande c’est quoi notre prochain produit ? En 2014 on était innovant, comment on sera innovant en 2024.

Tous les 6 mois, en comité de direction on se demande comment on voit la boîte dans 6 mois, 5 ans, 10 ans. On n’attend pas d’être dépassés pour agir.

On vient également de créer un comité de disruption où on se pose des questions sur notre environnement, notre industrie. J’espère y voir naître une nouvelle idée d’entreprise. »

La veille permanente est aussi une question de curiosité et de plaisir. Solenne va voir des hôtels et des restos qui attirent les gens dès qu’elle voyage, elle prend ses inspirations de partout :

 

« Arrêter de regarder uniquement votre industrie » (Amen Solenne, Amen!

 

Pour l’inauguration de leur dernier hôtel, Solenne et son équipe ont imaginé une fête qui a réuni les investisseurs, le staff de tous les hôtels, et toute personne qui voulait s’inscrire. Un événement atypique pour inaugurer un 4* : chasse au trésor dans des chambres cachées, tables rondes, cours de yoga et Food Market au bénéfice des réfugiés. Depuis le temps que je le clame, j’étais ravie de pouvoir y participer : les événements et le marketing sont ce qu’on décide d’en faire, y compris une fête si c’est ce qu’on veut. 

 

Un plaisir qui brûle les ailes

Les premières années de boîte amènent aussi une leçon un peu plus flippante : il faut être raisonnable sur la gestion de vie pro et perso. Au début, il n’y a pas de pause. Solenne pense au boulot jour et nuit. Elle frôle le burn out. Des amis la mettent en garde. Elle parvient à prendre un peu de recul juste à temps :

« Si je craque nerveusement et que je ne peux plus bosser et que le truc me révulse et s’arrête comme ça, ça ce sera l’échec total. »

Elle met en place des limites très concrètes : plus de mails pros sur le téléphone, plus d’ordi le week-end, des horaires de travail raisonnables et s’inscrit au yoga.

« Je me suis rendue compte que j’étais beaucoup plus zen et beaucoup plus sympas avec les équipes. Je n’en voulais plus aux gens de ne pas en faire des tonnes. On ne va pas tous mourir si le kakemono n’est pas de telle couleur ».

Bénéfice de cette prise de recul ? « Quand tu as du temps pour toi, tu as à nouveau des idées. T’as du disque dispo pour ça. C’est pour ça qu’il faut avoir plus de monde. J’ai parfois imposé des recrutements, mais ça a toujours été accepté sans problème, c’était nécessaire ».

« Talons hauts ptit doigt en l’air le soir, bottes et casque de chantier le jour »

« Ce que j’adore dans mon taf, c’est la diversité. Le nombre de domaines dans lesquels je travaille. J’adore mes journées, elles sont toujours différentes. Visite de chantier le matin, boire un coup avec l’équipe et le soir enchaîner sur un dîner avec un journaliste. Je passe des bottes et du casque de chantier à des talons et ptit doigt en l’air.

Je ne supporte pas de m’ennuyer, et là ça fait six ans que me lève en me disant : « Il va se passer un truc différent ». Rien n’est interdit. J’ai un carnet dans lequel je compile mes idées folles et les choses ouf qui pourraient se passer. Certaines se sont réalisées, d’autres pas encore. Mais je me dis toujours

« Quelque part, c’est possible » »

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