Je viens d’une famille de pleureuses et de pleureurs. La plupart de mes cousin-es, tantes et oncles sont capables de pleurer devant n’importe quel film un peu triste. Foutez nous une chanson lente, un ralenti sur un enfant qui meurt, un parent qui tient dans ses bras le petit corps inanimé en hurlant si on veut vraiment en rajouter et bam, plus personne ne se regarde, on passe les boîtes de mouchoirs religieusement, pas besoin de se regarder, on sait exactement dans quel état sont les autres.

Ces larmes sont faciles parce qu’elles ont une raison. On est émues, un enfant qui meurt, une occasion joyeuse. Ma famille pleure aux mariages aussi bien qu’aux enterrements. Si c’était encore un business d’être pleureurs publics, je serais l’une des fières membres de Jouteau et Cie, les pleureurs officiels des rois. L’un de mes souvenirs les plus humides reste les 50 ans de mariage de mes grands parents, où ils ont pu se faire remarier en mairie, devant mon père, leur fils, qui était maire (ouais je sais faut suivre). Il a mis 20 minutes a faire son discours entre deux seaux de larmes, tout le monde pleurait, les quelques invités hors famille ne s’attendaient clairement pas a ça. Nous on s’en foutait, on était dans la communion de la joue salée, des membres canoniques aux plus récentes arrivées, des plus petits jusqu’aux vieux mariés. Les larmes, ça soude.

Les larmes non versées

Assez rapidement, malgré ce riche héritage, j’ai commencer à me méfier des larmes, et encore plus de leur ombre : la tristesse. Je suis partie faire mes études a Paris, seule, à 16 ans, et je n’avais aucune idée de comment exprimer mes besoins, ce sentiment d’être complètement paumée et tellement seule alors que j’avais rêvé de ce moment. Être doué en larmes, ça ne veut pas forcément dire être douée avec ses émotions, comme j’allais le découvrir.

Me voilà donc étudiante, faut avancer, pas le temps d’être sensible. J’évite les émotions négatives comme la peste. Les larmes sont désormais rationnées, rationnelles de préférence. La police des émotions se mettait en place dans ma tête, répartissant et classant impitoyablement ce que j’avais le droit de ressentir et ce qui était déviant ou dangereux.

Peur d’un test : ok. Peur du vide : not okay. (Ma police était bilingue, of course).
Triste si quelqu’un meurt : on mais pas trop longtemps
Triste sans raison : abso-fucking-lutely not

Heureusement pour moi, mon corps n’était pas de cet avis. Il jouait le jeu, il laissait les émotions dans un coin, en attendant que je sois prête. Parfois je devais gérer avec des mois de retard, et sans comprendre pourquoi je me sentais si triste ou si énervée ou si stressée a des moments en apparence anodins.
C’est le truc avec les émotions que tu ne gères pas sur le moment : elles reviennent, et c’est perturbant parce qu’elles arrivent complètement décorrélées de ce qui les a provoquées. Toi, tu as l’impression d’être en train de « perdre la tête », tu juges ces émotions, qu’est-ce qu’elles foutent là alors que tout va bien dans ta vie ? Mais elles ont leur propre sagesse. Elles attendent que tu sois prête. Elles viennent frapper à la porte, sans pousser, jusqu’à ce que tu ouvres.

« Je n’ai pas pleuré depuis des années »

J’ai une cliente qui m’a dit il y a quelques temps : « Je ne sais pas comment tu fais, je n’ai pas pleuré depuis des années et a chaque fois qu’on se voit ça sort ». Et je me suis dit « Amenuyah, elle peut accéder à ça ».

Une autre cliente, après des années à traîner de la colère qui ne sortait pas, m’écrit pour me dire « Depuis qu’on a bossé sur la colère, c’est bon. J’ai compris, je la fais circuler, et ce n’est plus un problème ». Et bien sûr, comme cette colère circule à nouveau, elle retrouve le contact avec une partie douce, sociale, joviale d’elle. Une personne lui a dit « Toi ça se voit que tu inspires la confiance dès le premier contact », ça l’a surprise, toutes ces années, on lui renvoyait exactement l’inverse.

Les larmes que tu ne verses pas ne s’évaporent pas. Les colères que tu étouffes ne s’envolent pas. Elles attendent juste que tu sois prête, que tu écoutes. En même temps qu’elles attendent, cette énergie est bloquée et ne va pas ailleurs. Ton corps te fait souvent signe, mais c’est tellement inhabituel pour nous de l’écouter. Et tellement déroutant de laisser sortir des émotions sans connaître leur raison.

Quand ton corps sait ce que ton intellect ne saisit pas

On aime s’accrocher à un pourquoi. Etre triste, c’est ok seulement si on sait pourquoi et si on ne se laisse « pas trop aller ». Quelle vaste connerie. J’adore le livre Women bodies, women wisdom de Christiane Northrup, une gynéco américaine qui a beaucoup étudié le lien entre le corps et les croyances. Elle dit :

« Quand une femme a des crises de panique ou des crises de larmes, je sais que du matériau émotionnel est en train de remonter à la surface pour être géré. Pour les observateurs extérieurs qui n’ont pas fait cette expérience profonde (ou libération émotionnelle), elle peut avoir l’air de « perdre la tête », « s’enfoncer » ou « perdre le contrôle ». Elle ne perd pas le contrôle, elle est simplement en train d’autoriser un processus de guérison à émerger dans son corps. Seul l’intellect a perdu le contrôle – il s’est mis en arrière plan de la sagesse du corps ».

Si je retrouvais la petite Laure terrorisée et dépassée par ses émotions d’il y a 16 ans, je lui dirai de se faire confiance, et de se laisser y aller. Que son corps sait, et que la pire chose qui puisse arriver aux larmes c’est de les retenir. Les larmes qui ne sortent pas sont des chef d’oeuvres qui ne naissent jamais.

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