Maxime Duranté, Marion Derouvroy, Bérengère Wolff et Benjamin Ouazana, l’équipe de la Maison Trafalgar

 

J’ai un peu de mal à me mettre à écrire ce portrait, parce que cette rencontre m’a transformée en un petit tas d’émotions : Emerveillée. Spacieuse. Sororité. Admirative. Jalouse. Imposteure. Touchée aux larmes. Inconfortable. En confiance.

Mon syndrome de l’imposteure a officiellement quitté son petit cottage mignon de bord de lac pour emménager dans un gratte-ciel. Et puis je suis redescendue de ma tour de doutes, j’ai remis les pieds sur le pavé. J’ai rencontré deux faiseuses d’impossibilités, et c’était magique.

Les filles du Trafalgar, elles ne laissent pas indifférente. Marion et Bérengère, les deux associées qui ont fondé l’inimaginable (mais bien réelle) Maison d’écriture haute couture Trafalgar, m’ont fait l’honneur de me raconter leur histoire. J’ai réalisé la veille du jour J que c’était justement leur métier, écrire le portrait des autres, et que je venais jouer sur leur territoire en les interviewant. Elles avaient envie de raconter ce qui se passe dans les coulisses d’un succès qu’on n’arrive pas toujours à mesurer de l’intérieur.

« On a aimé ta demande parce que tu voulais parler du chaos, des moments difficiles, et dans les interviews, les journalistes sont souvent intéressés par la success story ».

Il ne me reste plus rien
Marion

La maison Trafalgar, perchée dans ses sublimes locaux et sa communication léchée, est bien une enfant du chaos.
Le chaos de Marion d’abord, passionnée d’écriture et de lettres depuis toujours, qui se retrouve en plein choc des cultures quand elle quitte son lycée de campagne pour rejoindre une hypokhâgne élitiste à Lyon.

« J’étais pas vraiment une bonne élève, je sortais, je m’amusais. Je ne me faisais pas beaucoup de potes là bas. »

Des fois la vie aime t’envoyer des signes subtils que tu n’es pas au bon endroit, des fois elle fait moins dans le détail : un incendie prend dans l’immeuble où habite Marion et son appartement, ainsi que toutes ses notes de cours brûlent à deux jours des concours blancs. Ces concours sont le passage obligé pour garantir le passage en deuxième année à quelques élu-es, la fac ou les plans B pour les autres.

Elle obtient une dérogation pour passer l’examen plus tard, seule, et elle réussit son passage.

Elle part en vacances, et au détour d’une insomnie, elle découvre un groupe Facebook à son nom. Le groupe s’appelle «Non à l’admission de Marion Derouvroy qui a bénéficié de plus de jours pour réviser ses concours». Les trois quarts de sa promo sont membres.

Le premier jour de la rentrée, elle arrive en Khâgne et sa décision est prise. Elle quitte la prépa et part en fac de lettres.

Les péripéties continuent : après avoir été retenue sur dossier, elle est admise à l’oral mais se fait recaler après ce passage et n’est pas retenue dans la formation édition qu’elle visait. « J’avais plaqué mon mec, mon appart. J’avais envie de leur dire ‘Il ne me reste plus rien, accepte moi.’ ».

Je voulais pas tout ça
Marion

De retour à Lyon, elle cumule un master de lettres et un master commerce. Elle s’ennuie un peu et son amour de l’écriture lui tire la manche. Un blog naît : Trafalgar Magazine. C’est un wordpress de base, sans images, où elle publie de manière bénévole des portraits de lyonnais audacieux de moins de 30 ans (en poursuivant son double diplôme, bien entendu, on a dit que la dame aimait bien être occupée ?).
Petit à petit, le magazine attire l’attention des médias, puis elle reçoit des propositions de collaborations, et des cvs d’optimistes qui veulent monter à bord. Il n’y a aucune structure, juste une fille un peu débordée et un blog, mais elle n’est pas du genre à ralentir le sens de l’histoire, elle crée une asso et se retrouve bientôt à gérer une équipe de 15 personnes, des évènements pour plusieurs centaines de personnes, puis la production d’un livre, financé par les abonnés et les interviewés à hauteur de 10 000 euros.

Parmi cette joyeuse équipe de bénévoles, une certaine Bérengère Wolff, la troisième à avoir envoyé son CV.

Tu peux assurer ou pas ?
Bérengère

Bérengère savait dès le début de ses études qu’elle voulait voir le monde du travail, et elle a enchaîné les stages plutôt prestigieux – à l’exception de cette année de césure en Irlande où elle a professionnellement exploré le potentiel festif de la ville.

Elle rêve de travailler dans la presse féminine, et prépare le concours de l’EFAP à Paris. Elle partage un 20m2, à Belleville. C’est l’aventure.

Son rêve se concrétise et elle débarque chez Marie-Claire, en charge de la rubrique beauté, santé. Elle comprend vite que le fantasme ne va pas se transformer en conte de fées, mais elle reste, elle apprend, surtout, ce qui rend un produit désirable aux yeux des journalistes.

Son stage suivant continue dans le glamour : elle débarque à Warner Bros. pour travailler sur la campagne marketing de The Artist, sous la houlette d’un maître de stage qui va tout lui apprendre… à moins qu’il ne se fasse virer deux mois après son arrivée. Réunion, big boss : « Bérengère, tu peux assurer ou pas ? ». Elle voit l’opportunité et la saisit « Oui. »

Puis elle appelle tous les prestataires un par un pour comprendre comment on fait pour recouvrir des bus d’affiches de ciné, et décrypte avec difficulté les rétro plannings.

La légende raconte qu’en récompense, elle a été dîné avec Jude Law et Guy Ritchie. « Dire que j’avais réussi à cacher que j’étais pas bilingue ».

Le glamour, ça ne suffit pas à faire vibrer une Bérengère. Elle enchaîne les campagnes avec succès puis…

« C’est quand j’ai commencé à dire ‘tu fais comme d’habitude’ aux prestataires, que j’ai su que c’était fini. »

Elle part chez Paulette magazine, qui est encore tout jeune, et retrouve le bonheur sans budget. Elle adore la débrouille, faire naître les choses improbables. Elle comprend aussi qu’elle est entrepreneure dans l’âme et qu’elle veut sa structure, et partir de Paris.
Elle débarque à Lyon, envoie un ‘mail cucul’ à Marion pour aider à développer le webzine Trafalgar. Entre enfants du chaos, elles ont tout pour se comprendre, même si elles ne le savent pas encore. En parallèle elle monte une entreprise de vente de fringues de seconde main avec sa soeur, les Débarasseurs. Ça cartonne, mais elle a vite l’impression de ne plus faire que de la vente. Le vent du changement revient la pousser dans une autre direction.

J’en peux plus
Marion et Bée

Elles se rencontrent autour du magazine Trafalgar, au moment où Marion commence à se dire « J’arrive à la fin de mes études, il faudrait quand même que je sache ce que je vais faire de ma vie ». La décision se prend toute seule, les clients frappent déjà à la porte pour s’acheter sa signature. Elle décide d’ouvrir la première Maison spécialisée dans le portrait écrit de professionnels et de particuliers. Elle veut créer le Harcourt du portrait écrit.

A ce moment Marion découvre le monde de l’entrepreneuriat un peu par hasard. Elle remporte un concours de pitch et se retrouve à l’accélérateur Boost in Lyon. C’est la surprise, et un autre signe que son profil entrepreneure / littéraire n’est pas si incongru. Elles rejoindront ensuite l’incubateur Manufactory, puis le réseau Entreprendre qui ont beaucoup joué dans le développement de la Maison.

Elle ne pense pas tout de suite à s’associer à Bérengère, qui a déjà une boîte de son côté. Mais un jour les deux se voient pour un café. Marion vient de s’endetter de 15 000 euros pour repousser un fond d’investissement dont elle ne voulait plus. Bérengère veut quitter sa boîte.
Chacune de leur côté, elles n’en peuvent plus. Ensemble, elles seront inarrêtables.

Elles partent voir leur expert comptable « Il faudra prévoir deux salaires finalement ». Malgré son regard inquiet, elles sont sûres d’elles.

Trafalgar, future maison d’écriture haute-couture, vient de naître.

Il nous faut du renfort
Marion et Bée

La première année est un mélange de folie joyeuse et de lente torture. Tous leurs revenus reposent sur Marion et sa plume. Marion et son hypersensibilité. Marion qui appelle Bée après les entretiens pour vider ou pleurer le trop-plein d’émotions d’une rencontre. Et qui habite avec la personne dont elle fait le portrait pendant tout le mois.

Les clients arrivent tout seul, le bouche à oreille et leurs talents combinés les amènent de plus en plus de monde. Les prix augmentent petit à petit.

Marion ne veut plus savoir combien coûte les clients, pour ne pas être influencée dans la qualité de ce qu’elle écrit.

Finalement, la pression s’accumule tellement que Marion ne ressent plus que stress et tension lorsque de nouveaux contrats sont signés.

La décision, comme souvent avec cette équipe de feu, tombe irrévocablement : « Je ne vais plus écrire ». Marion sait qu’elle ne veut pas être rédactrice freelance.

C’est la période la plus creuse du duo, et le passage obligé pour faire naître leur vision de la Maison. De l’intuition et la sensibilité de chacune naît un processus, une signature : un produit artisanal de luxe. Le Hermès de l’écriture est arrivé.

Maintenant, il faut recruter des portraitistes « toujours au coup de coeur, à l’intuition » pour venir écrire les nouvelles pages de la Maison.


On n’aurait jamais pu faire ça l’une sans l’autre
Marion et Bée

 

Ce qui m’a touchée le plus, je pense, c’est de ressentir la solidité mutuelle de Marion et Bérengère. La Maison Trafalgar, ce n’est pas l’une sans l’autre.

« Je passe chercher Bée tous les matins devant chez elle, et on va au travail ensemble. Je ne suis pas sûre que beaucoup d’associées fassent ça. On va à l’école ensemble quoi. »

Quand l’une flanche, l’autre est là pour reprendre, et vice versa.

Le seul moment compliqué qui remonte à leur mémoire, c’est justement quand elles ont été séparées : au retour du congé mat de Bée, c’est la galère. « Je n’avais aucune idée de ce qu’avait vécu Marion seule pendant ces mois à tout gérer toute seule, juste après la première embauche. » « Et moi aucune idée de ce que Bée vivait. » Il leur faut du temps pour se remettre à fonctionner à deux. Remettre de l’harmonie et recommencer à s’amuser ensemble.

Le partenariat était tellement logique et fluide qu’elles avaient oublié de s’associer. Elles vont voir leur avocate pour signer le pacte avant le départ en congé mat. L’avocate est formelle : hors de question de faire un pacte avant un bébé. Elle a vu trop de retours se passer mal. Si le partenariat doit se faire, il se fera aussi bien après. Elle avait raison.

Leur partenariat sort encore plus renforcé, et les clients encore plus heureux. Elles comprennent qu’elles ont créé quelque chose que beaucoup de gens attendaient, sans le savoir ou l’exprimer.
« On ne vend pas un portrait, on ne vend même pas de l’écriture. On vend l’émotion, l’expérience Trafalgar ». Et ce sont les clients qui le disent, comme ce couple de 90 ans, venu raconter leur histoire croisée sur le canapé vert, ou ces enfants qui racontent leur père et fondent en larmes en entendant l’histoire de cet homme raconté par les mots de Trafalgar.

Ce sont aussi les ouvriers de grands groupes comme Vinci, des dirigeants qui se prêtent à l’exercice déroutant, et parfois découvrent en se livrant qu’il est temps de faire des changements radicaux, des Maisons de Luxe qui réclament que le Portrait Trafalgar arrive jusque sur la place Vendôme.

Des portraits qui s’apprivoisent : « Je ne peux pas montrer ça à ma famille, c’est trop moi ».

L’expérience Trafalgar se poursuit bien au-delà des mots capturés sur le canapé.

 

Fiertés des filles de Trafalgar

  • Du bébé de Bée, Aloïs, arrivé 9 mois après la naissance de la boîte
  • De s’être autofinancées
  • De payer 4 salaires tous les mois
  • De s’être salariée toutes les deux au bout de deux mois d’activité
  • De participer à la revalorisation des talents littéraires
  • De l’invention du style maison Trafalgar
  • Que leur Maison attire aujourd’hui le secteur du luxe

 

Le site de la Maison Trafalgar : https://www.leportrait-trafalgar.com

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