Depuis toute petite, je suis fascinée par les génies, ces êtres d’exception qui arrivent sur terre avec un surplus de magie. Comme si la Nature s’était dit « allez, tiens, je suis de bonne humeur ce matin, bam, je te donne des doigts de fée, tu pourras jouer du piano comme personne. Et puis ça fera rêver les pécores qui sont obligés d’être médiocres parce que j’avais pas envie de me fouler le cul à leur donner un don spécial ».

Les génies, c’est magnifique, quand tu les vois en action, tu sens la différence avec le commun des mortels. Il y a quelque chose d’inexplicable et de naturel dans leurs mouvements. Tout a l’air simple pour eux. Ils te manient de la physique quantique au petit déj, de la sonate au goûter avant d’aller gagner une médaille olympique pour le dîner.

La première fois que j’ai rencontré Alex Dana, le fondateur de Livementor, c’est ce que je me suis dit « Putain, le mec est un génie. C’est génial de le voir en action, quel privilège« . Il brandissait sous nos yeux ébahis des stratégies business inspirées et pleines de bon sens. Il enchaînait les triples saltos marketing en ébouriffant ses cheveux, le tout dans un pull à motifs discutables, allongé la tête la première dans un tapis moelleux. Le génie dans toute sa splendeur.

Sauf que.

Tout ça, c’est de la merde. C’est pas moi qui le dit, c’est un autre génie, Nietzsche :

« Notre vanité, notre amour-propre, encourage le culte du génie. Tant qu’on y songe comme à quelque chose de magique, on n’est pas obligé de s’y comparer ni de relever ses propres lacunes« .

 

Bah ouais, c’est pratique le mythe du génie, parce que ça anéantit instantanément tous les efforts : à quoi bon, si c’est le génie qui l’emporte toujours à la fin. Je me souviens quand j’étais plus jeune, je rêvais de faire du violon. Avec l’acharnement qui caractérise les enfants, j’ai harcelé mes parents pendant plusieurs années pour avoir un violon. Quand mon rêve s’est enfin réalisé, j’ai commencé à bosser avec enthousiasme (et beaucoup de souffrance pour mon entourage, paix à leurs oreilles). Or, dans la musique, le mythe du génie est omniprésent. Avant même de me donner une chance, je me tirais des balles dans le pied « Non mais quand on commence à 13 ans, c’est mort, c’est trop tard. » « Et puis ça se voit que j’ai pas de prédispositions spéciales, sinon ma prof me l’aurait dit ». LE discours qui sous-tend tout le domaine artistique c’est « tu peux bosser, mais bon, soyons réaliste, tu n’arriveras jamais au même niveau que les gens qui ont le don. »

C’est super le don, ça ne se quantifie pas, ça ne se mesure pas, c’est souvent un ramassis de on-dit et de moments choisis de la vie d’une personne piochés au hasard sur internet. Le prof de machin quand il était jeune il était dans la classe de bidule, qui avait le don, et il a vite vu que peu importe à quel point il bossait, il arrivait jamais aussi bien.

Et du coup il a fait quoi le prof de machin ? Il a arrêté. Il a raboté son rêve. A quoi ça sert de bosser face au génie ? C’est perdu d’avance. Tu ferais pas une compète de découpe de saumon avec un ours nan ? Bah là c’est pareil.

Cette voix, c’est ce qu’on appelle ton égo. Au cas où t’avais pas encore fait sa connaissance, dis lui bonjour, installe toi confortablement, il est là pour un moment. Ton égo, c’est la partie de toi qui s’est construite pour te protéger. Il aime : la survie, la répétition, l’inconscience. Il n’aime pas : les vrais choix, l’intensité qui vient du coeur et de tes vrais désirs, tout ce qu’il perçoit comme un risque.

Revenons à nos génies.

Tu connais des gens qui étaient hyper doués à l’école et qui sont maintenant des cadres déprimés qui s’enfilent café sur clope sur comprimé pour tenir le choc face au vaste ennui de leur vie ? Ou bien des gens qui avaient des « facilités » mais qui n’en ont jamais rien fait de spécial ?

Le génie, c’est de la merde. C’est l’excuse de ton égo pour te garder au chaud. Il dit : « Même si je bossais 10 ans, j’aurais jamais son niveau ». T’as raison Jean-Mi, commence surtout pas, tu risquerais de te faire plaisir et de te rendre compte qu’en fait on s’en fout d’être meilleur ou pas qu’un autre, une fois qu’on est dans son kif.

Pire que ça, le mythe du génie gâche même le plaisir de personnes qui ont « du génie » : elles sont trop occupées à se prouver et à faire démonstration et du coup elles travaillent en force, dans une frustration et un désamour de soi permanent. Pas une super recette pour s’éclater et se réaliser (et oui, c’est encore un coup de l’égo).

Dans son bouquin Mindset, la psychologue Carol Dweck parle du joueur de tennis John McEnroe, qui a gagné le grand shlem 7 fois. Il admet lui-même à la fin de sa carrière qu’il n’a pas réalisé son potentiel. Il était connu pour ses colères cataclysmiques lors de ses matches, et remettait ses défaites sur le dos des autres : arbitres, terrain, météo… Après une défaite en double mixte, il a refusé de rejouer dans cette configuration pendant 20 ans. Il dit « C’était la honte ultime. Je me suis dit « C’est bon. Plus jamais je ne rejoue. Je ne peux pas gérer. »

C’est le cas emblématique du « génie » qui ne kiffe même pas son talent parce qu’il est trop occupé à prouver qu’il en a.

Si tu veux être un génie dans un domaine, la recette est simple : fais un vrai choix, et attelle toi à la tâche avec autant de détermination que de patience.

Les coups de collier momentanés et les nuits blanches à répétition ne vont pas faire de toi un génie. Juste une personne avec de très grosses cernes que tout le monde évitera avant sa 12ème tasse de café.

C’est la durée et la constance de ce que tu fais qui créent le génie, pas l’inverse. Et non, je ne crois pas que certaines personnes soient des « slasheurs » incapables de choisir et condamnés à être moyens dans tous les sujets. Si tu es moyenne dans plein de choses, c’est parce que tu n’as pas choisi d’être délicieusement géniale dans un domaine. Tu refuses de renoncer. Et c’est ok. J’ai fait ça suffisamment d’années pour ne pas jeter la pierre. Je te dis juste ça, de ma propre expérience : c’est une façon de fuir ta jouissance.

Et pour en revenir à Alex, le génie aux cheveux flamboyants, ça fait plus de 10 ans qu’il bosse sans relâche sur les formations et l’entrepreneuriat. Génie ou pas ? Je te laisse décider.

 

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